Un test sanguin pour détecter plus de 50 cancers : les résultats de la grande étude britannique

Un simple prélèvement sanguin pour traquer une cinquantaine de cancers avant même l’apparition des symptômes : l’idée séduit autant qu’elle interroge. Au Royaume-Uni, le service public de santé (NHS) a mené avec l’entreprise GRAIL l’essai clinique NHS-Galleri, le plus vaste au monde sur ce type de test dit « multi-cancers » (MCED, pour multi-cancer early detection). Plus de 140 000 volontaires y ont participé. Les premiers résultats, dévoilés fin mai 2026 lors du congrès de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO) à Chicago, dessinent un tableau contrasté. Décryptage, prudent, de ce que ces chiffres disent — et de ce qu’ils ne disent pas.

L’étude NHS-Galleri en bref #

L’essai NHS-Galleri a été coordonné par l’unité d’essais de prévention du cancer du Wolfson Institute of Population Health (Queen Mary University of London), au sein du NHS en Angleterre. Son ambition : vérifier si l’ajout d’un test sanguin multi-cancers au parcours de soins habituel permet de diagnostiquer les cancers plus tôt, à un stade où ils sont plus souvent traitables.

Selon les données communiquées par le NHS, l’organisme QMUL et GRAIL, l’étude a porté sur 142 250 participants âgés de 50 à 77 ans au moment de leur inclusion, recrutés dans huit régions d’Angleterre et choisis pour être représentatifs de la population. Les volontaires ont été répartis par tirage au sort en deux groupes : un groupe « intervention » dont le sang était analysé par le test Galleri chaque année pendant trois ans, et un groupe « contrôle » dont le sang était conservé sans être testé. Tous bénéficiaient par ailleurs des dépistages habituels du NHS.

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Comment marche ce test sanguin ? #

Le test Galleri, développé par la société américaine GRAIL, recherche dans un échantillon de sang un « signal » partagé par de nombreux types de cancers. Concrètement, il analyse l’ADN libre circulant : de minuscules fragments d’ADN relâchés dans le sang par les cellules, y compris par les cellules tumorales. Lorsque ces fragments d’origine cancéreuse portent certaines marques chimiques (la méthylation de l’ADN), le test cherche à les repérer.

D’après le fabricant, le test peut détecter un signal associé à plus de 50 types de cancers, dont beaucoup ne bénéficient aujourd’hui d’aucun dépistage organisé. Lorsqu’un signal est trouvé, le test tente aussi d’indiquer l’origine probable de la tumeur dans le corps, pour orienter les examens complémentaires. Il s’agit d’un outil destiné à compléter, et non à remplacer, les dépistages déjà recommandés (sein, col de l’utérus, côlon…).

Ce que disent les résultats #

Premier point, et il est central : le critère principal de l’étude n’a pas été atteint. Les chercheurs voulaient démontrer une réduction du nombre de cancers diagnostiqués à un stade avancé (stades III et IV combinés, pour un ensemble de cancers ciblés) dans le groupe testé par rapport au groupe contrôle. Cette baisse globale n’a pas été observée de façon statistiquement convaincante.

En revanche, plusieurs résultats secondaires, présentés par les investigateurs comme encourageants, ressortent. Selon les communications du NHS et de GRAIL :

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−14 %
cancers au stade IV
+16 %
cancers stades I-II
~50 %
tests positifs confirmés
Source : résultats NHS-Galleri présentés à l’ASCO 2026. Voir sources en fin d’article.

Dans le détail, la baisse des diagnostics au stade IV pour les cancers ciblés s’est accentuée au fil des trois années de test : de l’ordre de 9 % la première année, puis environ 22 % la deuxième et 26 % la troisième, soit, selon les chercheurs, une réduction d’environ 14 % sur l’ensemble. Le nombre de cancers repérés à un stade précoce (stades I et II) a été supérieur d’environ 16 % dans le groupe testé. Les investigateurs rapportent aussi que, parmi les personnes ayant reçu un résultat positif au test, un peu plus de la moitié avaient effectivement un cancer.

«
Pour de nombreux cancers, il existe un véritable fossé de pronostic entre un diagnostic au stade IV et un diagnostic posé plus tôt.
— Co-investigateur principal de l’essai NHS-Galleri

Autrement dit, même sans atteindre son objectif principal, l’étude suggère un déplacement du moment du diagnostic vers des stades plus précoces pour une partie des cancers — ce qui, en théorie, peut améliorer les chances de traitement. Mais « peut » et « en théorie » sont ici les mots-clés : l’étude n’a pas, à ce stade, démontré que ce dépistage sauve des vies ou réduit la mortalité.

Les limites et la suite #

Plusieurs précautions s’imposent à la lecture de ces chiffres. D’abord, l’objectif principal n’ayant pas été atteint, les résultats secondaires doivent être interprétés avec prudence : en recherche, ils servent à formuler des hypothèses plutôt qu’à conclure définitivement. Ensuite, la sensibilité de ces tests varie fortement selon le type et le stade du cancer : ils détectent mieux les tumeurs avancées, qui libèrent davantage d’ADN dans le sang, et repèrent moins bien les cancers très précoces.

Il y a aussi la question des résultats faussement positifs et faussement négatifs. Un test peut indiquer un signal alors qu’il n’y a pas de cancer (générant anxiété et examens inutiles), ou rassurer à tort une personne réellement malade. C’est précisément pour mesurer l’impact réel sur la santé — et pas seulement le nombre de cancers trouvés — que ces essais à grande échelle sont nécessaires.

01

Résultat principal non atteint

La baisse visée des cancers de stade avancé combinés n’a pas été démontrée. Les bénéfices observés sont secondaires.
02

Sensibilité variable

Le test repère mieux les cancers avancés que les très précoces, et ne détecte pas tous les cancers.
03

Pas encore de routine

Le NHS et les autorités sanitaires doivent analyser les données avant tout déploiement éventuel.

Concernant la suite : à ce jour, ce test n’est pas proposé comme dépistage généralisé, ni au Royaume-Uni ni en France. Le NHS et d’autres organisations sanitaires ont indiqué vouloir examiner les résultats en détail pour comprendre comment ce type de test pourrait, à l’avenir, trouver sa place. Un suivi prolongé des participants permettra de savoir si la détection plus précoce se traduit réellement par de meilleurs résultats de santé. En France, aucun test multi-cancers de ce type n’est aujourd’hui recommandé ni remboursé dans le cadre du dépistage organisé.

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Repère Donnée communiquée
Participants142 250 personnes, 50 à 77 ans, en Angleterre
Durée du test3 prélèvements annuels (trois rounds)
Objectif principalNon atteint (stades III/IV combinés)
Cancers stade IVBaisse d’environ 14 % (résultat secondaire)
Cancers stades I-IIHausse d’environ 16 %
Tests positifs confirmésUn peu plus de la moitié avaient un cancer
Statut actuelÉtude de recherche, pas un dépistage validé
Chiffres tels que communiqués par le NHS, QMUL et GRAIL (ASCO 2026).

Questions fréquentes #

Ce test sanguin est-il disponible en France ? +
Non. À ce jour, aucun test multi-cancers de ce type n’est recommandé ni remboursé dans le cadre du dépistage organisé en France. L’étude NHS-Galleri a été menée au Royaume-Uni dans un cadre de recherche. Pour le dépistage du cancer, référez-vous aux programmes officiels et à votre médecin.
Le test détecte-t-il vraiment plus de 50 cancers ? +
Selon le fabricant, le test recherche un signal associé à plus de 50 types de cancers. Mais sa capacité à les repérer varie selon le type et le stade : il détecte mieux les cancers avancés que les très précoces, et ne détecte pas tous les cancers. Un résultat négatif ne garantit donc pas l’absence de cancer.
L’étude prouve-t-elle que ce test sauve des vies ? +
Pas à ce stade. L’étude a montré un déplacement vers des diagnostics plus précoces pour une partie des cancers, mais son objectif principal n’a pas été atteint et elle n’a pas démontré de réduction de la mortalité. Un suivi prolongé est nécessaire pour évaluer le bénéfice réel sur la santé.
Un résultat positif signifie-t-il que j’ai un cancer ? +
Non, un résultat positif n’est pas un diagnostic. Dans l’étude, un peu plus de la moitié des personnes ayant reçu un résultat positif avaient effectivement un cancer. Un signal détecté doit toujours être confirmé par des examens médicaux complémentaires sous la supervision d’un médecin.
Dois-je arrêter mes dépistages habituels ? +
Surtout pas. Ce type de test est conçu pour compléter, et non remplacer, les dépistages déjà recommandés (sein, col de l’utérus, côlon…). Continuez à suivre les programmes de dépistage organisé et les conseils de votre médecin traitant.

Sources : NHS, revues médicales et presse. Information générale, ne remplace pas un avis médical. Article mis à jour régulièrement.

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