En bref #
- La NOAA (l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique) a officialisé l’entrée en phase El Niño le 11 juin 2026. Son bulletin du 9 juillet 2026 maintient un « El Niño Advisory ».
- Ce bulletin donne 97 % de chances que l’épisode dure jusqu’au début du printemps 2027, et 81 % de chances qu’il atteigne la catégorie « très fort » sur octobre-décembre 2026.
- La NOAA écrit que l’épisode figurerait alors parmi les plus importants de son registre historique, lequel remonte à 1950 — et non à 155 ans, contrairement à ce que titrent plusieurs articles.
- Sur la France, l’influence existe mais elle est indirecte et faible : c’est une probabilité qui bouge, pas une météo qui s’écrit à l’avance.
Où en est El Niño à la fin juillet 2026 ? #
Le Pacifique équatorial est officiellement en phase El Niño depuis le 11 juin 2026, date de l’annonce de la NOAA. Dans sa discussion mensuelle du 9 juillet 2026, le Climate Prediction Center (CPC) de la NOAA maintient le statut « El Niño Advisory » et cite alors une valeur de l’indice Niño-3.4 de +1,2 °C.
Attention toutefois à ne pas lire ces deux chiffres comme deux points d’une même courbe : la série hebdomadaire du CPC affichait déjà +2,0 °C pour la semaine du 8 juillet 2026, soit la veille de ce bulletin. Les deux produits du même organisme ne concordent donc pas exactement à une date donnée, et rien ne permet ici de trancher lequel fait référence. Le sens de l’évolution, en revanche, ne fait pas débat : la NOAA indique que l’épisode s’est renforcé au cours du mois écoulé et prévoit qu’il continue de se renforcer d’ici la fin de l’année 2026. La série hebdomadaire publiée par le CPC — un produit distinct du bulletin mensuel, mis à jour chaque semaine — donne +2,2 °C pour la semaine centrée sur le 22 juillet 2026. Sur le mois complet de juin 2026, l’anomalie mensuelle ressort autour de +1,5 °C (+1,55 °C dans le jeu de données OISST, +1,44 °C dans ERSSTv5 : deux méthodes de calcul, deux valeurs légèrement différentes).
Autre détail que les bulletins grand public passent sous silence : les différentes boîtes de mesure ne racontent pas la même histoire. Sur la semaine du 22 juillet 2026, l’indice Niño-1+2 (Pacifique est, au large du Pérou) affiche +3,8 °C, quand le Niño-4 (Pacifique ouest) reste à +1,0 °C. C’est la signature d’un épisode nettement centré sur l’est du bassin.
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« Le plus intense depuis 155 ans » : d’où vient ce chiffre, et pourquoi il est faux #
C’est la formule qui tourne le plus, et c’est celle qu’il faut corriger. Plusieurs articles publiés ces dernières semaines annoncent un El Niño « le plus intense depuis 155 ans ». La source primaire ne dit pas cela.
Le texte de la NOAA du 9 juillet 2026 est explicite : un épisode « très fort » en octobre-décembre figurerait parmi les plus importants du registre historique « remontant à 1950 » (going back to 1950). Soit 76 ans de recul, pas 155. La table officielle de l’ONI publiée par le CPC commence d’ailleurs au trimestre décembre-janvier-février 1950 : il n’y a rien avant dans ce produit. Météo-France emploie exactement le même repère et parle des « épisodes les plus forts observés depuis 1950 ».
D’où sortent alors les 155 ans ? De reconstructions de température de surface de la mer qui remontent aux alentours de 1870, utilisées par certains sites spécialisés pour comparer les épisodes sur un siècle et demi. Ce sont des estimations bien plus incertaines que les mesures modernes, et surtout ce ne sont pas les mêmes données que l’ONI. Mélanger les deux registres, c’est comparer un chronomètre électronique et un sablier.
Que veut dire « très fort » exactement ? #
La classification ne repose pas sur la valeur hebdomadaire, mais sur l’ONI (Oceanic Niño Index), c’est-à-dire la moyenne glissante sur trois mois de l’indice Niño-3.4. Les seuils utilisés par le service météorologique américain sont les suivants : faible de +0,5 à +0,9 °C, modéré de +1,0 à +1,4 °C, fort de +1,5 à +1,9 °C, et très fort à partir de +2,0 °C. Météo-France retient le même ordre de grandeur pour le terme médiatique de « super El Niño », qu’elle définit comme des anomalies dépassant 2 °C — en précisant au passage que ce n’est pas un terme scientifique.
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C’est une nuance qui compte : une valeur hebdomadaire à +2,2 °C ne fait pas d’un épisode un « très fort El Niño ». Il faut que la moyenne sur trois mois tienne ce niveau, et la catégorie ne se valide que sur plusieurs trimestres chevauchants consécutifs. D’où les 81 % de probabilité annoncés par la NOAA pour octobre-décembre : c’est un pari sur une moyenne à venir, pas un constat.
Les épisodes de référence : 1997-98 et 2015-16 #
Pour situer, les deux comparaisons qui reviennent systématiquement sont les hivers 1997-1998 et 2015-2016. Sur la table ONI du CPC, l’épisode 1997-98 culmine à +2,4 °C (trimestre octobre-novembre-décembre 1997).
Pour 2015-16, les sources divergent, et il faut le dire plutôt que de trancher. La table ONI actuellement en ligne au CPC donne un pic de +2,8 °C (trimestre novembre-décembre-janvier 2015), tandis que des publications antérieures de la NOAA citent +2,6 °C pour le même épisode. L’écart tient aux révisions successives du jeu de données ERSST, recalculé au fil des versions : la valeur d’un épisode vieux de dix ans peut donc encore bouger. C’est une raison de plus de manier avec prudence les formules du type « le plus fort jamais mesuré ».
Il y a plus retors encore. Les pics des grands épisodes se suivent dans un ordre croissant (1972-73, 1982-83, 1997-98, 2015-16), ce qui suggère spontanément qu’El Niño se renforce. Le blog ENSO de la NOAA écarte cette lecture : cette progression reflète surtout un reliquat de réchauffement global dans la méthode de calcul de l’indice. Météo-France dit la même chose autrement — « compte tenu du réchauffement climatique moyen, l’indice Niño 3.4 atteint plus facilement des valeurs élevées que par le passé ». Une partie de l’intensité affichée en 2026 relève donc du niveau de base de l’océan, pas de la seule dynamique El Niño.
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La France est-elle vraiment concernée ? #
El Niño pilote fortement le climat du Pacifique et des Amériques : pluies extrêmes sur la côte péruvienne, sécheresses en Indonésie et en Australie, trajectoires de tempêtes modifiées sur l’Amérique du Nord. Sur l’Europe de l’Ouest, l’influence existe mais elle est indirecte et beaucoup plus faible. Elle passe par des téléconnexions : des effets à distance qui transitent par le jet-stream, les flux d’ouest et les dépressions de l’Atlantique Nord.
Et c’est là qu’il faut être honnête : les communications de Météo-France elles-mêmes ne disent pas exactement la même chose selon les documents, et l’article ne va pas arbitrer à leur place.
- Dans son dossier sur le retour d’El Niño, Météo-France explique que « lors d’un épisode El Niño marqué, on observe plus souvent, en début d’hiver, des conditions dépressionnaires sur le proche Atlantique », ce qui se traduit sur l’Europe de l’Ouest par « des températures plus douces et des conditions plus humides que la normale ». Plusieurs études pointent dans le même sens une circulation d’ouest plus active, donc des épisodes pluvieux plus fréquents sur l’ouest de l’Europe et la France.
- Dans son point de juillet 2026 sur l’épisode en cours, la même institution est nettement plus prudente : l’impact d’El Niño y est jugé « nettement plus faible que l’impact moyen lié au changement climatique », et ses effets « pourraient être peu ou pas perceptibles sur l’Hexagone et la Corse ».
Les deux propositions ne sont pas contradictoires : la première décrit une statistique moyenne sur plusieurs décennies d’épisodes, la seconde évalue ce qui sera réellement perceptible sur un hiver donné. Mais elles interdisent d’écrire « El Niño va adoucir votre hiver ». La NOAA formule la même réserve dans son bulletin du 9 juillet : même les épisodes les plus forts ne produisent pas l’effet attendu partout ; ils déplacent seulement les probabilités.
Tableau : où El Niño pèse lourd, et où il pèse peu #
| Région | Force du signal | Effets typiquement observés |
|---|---|---|
| Côte péruvienne | Fort et direct | Réchauffement marqué des eaux, pluies abondantes, pêche perturbée. |
| Indonésie, Australie | Fort et direct | Baisse des précipitations, sécheresses, risque accru de feux de forêt. |
| Amérique du Nord | Net | Trajectoires de tempêtes déplacées ; hivers plus doux constatés à l’ouest du Canada. |
| Europe de l’Ouest, France | Faible et indirect | Tendance statistique à des conditions dépressionnaires sur le proche Atlantique en début d’hiver, donc plus de douceur et d’humidité — sans garantie sur un hiver donné. |
| Température moyenne du globe | Mesurable | Un épisode marqué pousse légèrement la moyenne planétaire à la hausse, en s’ajoutant au réchauffement de fond. |
Et moi, concrètement ? #
Voici ce que la situation permet, et surtout ne permet pas, de dire sur votre quotidien. Tout ce qui suit est au conditionnel : ce sont des scénarios, pas des annonces.
Le chauffage
Le ski
La pluie et les nappes
Le vent
Un point mérite d’être répété : un hiver statistiquement plus doux peut parfaitement contenir des vagues de froid et des épisodes neigeux marqués. La moyenne saisonnière n’annule pas les extrêmes, elle les moyenne. Pour le budget du foyer, mieux vaut donc raisonner sur ce qui est déjà connu — nos articles sur ce qui change côté gaz et pouvoir d’achat et sur les mesures de l’été 2026 sont plus utiles qu’une courbe du Pacifique.
Ce qui peut faire dérailler le scénario #
Trois ingrédients au moins peuvent contrarier, voire renverser, l’influence d’El Niño sur la France :
- La NAO (Oscillation Nord-Atlantique), qui module directement la vigueur et la trajectoire des dépressions atlantiques. En phase négative, elle favorise les blocages et le froid sur l’Europe.
- L’état du vortex polaire stratosphérique. Un réchauffement stratosphérique soudain peut le désorganiser et ouvrir la porte à des descentes d’air polaire vers l’Europe, quelle que soit la situation du Pacifique.
- Les anomalies de température de l’Atlantique Nord, qui conditionnent la douceur ou la fraîcheur de l’air amené par les flux maritimes.
Aucun de ces trois paramètres n’est prévisible plusieurs mois à l’avance avec la fiabilité d’El Niño. C’est précisément pour cela qu’un Pacifique très chaud en octobre ne se traduit pas mécaniquement par un thermomètre clément en janvier à Lyon ou à Rennes.
Le prochain rendez-vous à ne pas manquer #
Les discussions ENSO de la NOAA sortent le deuxième jeudi de chaque mois. Après celle du 9 juillet 2026, la prochaine est programmée le 13 août 2026 : c’est elle qui dira si la probabilité de 81 % sur octobre-décembre est révisée à la hausse ou à la baisse. Entre-temps, la série hebdomadaire du Climate Prediction Center reste le thermomètre le plus réactif.
Pour la France, les tendances saisonnières de Météo-France et des centres européens ne deviendront réellement informatives qu’à l’automne. Une prévision saisonnière ne dit jamais « il neigera le 12 février » : elle dit « ce trimestre a X % de chances d’être plus doux que la normale ». C’est utile, c’est probabiliste, et cela n’a rien à voir avec la météo de votre week-end.
Questions fréquentes #
El Niño rend-il forcément l’hiver plus doux en France ?
+
El Niño 2026 est-il vraiment « le plus intense depuis 155 ans » ?
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Peut-on prévoir l’hiver 2026-2027 dès maintenant ?
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Le mot de la fin tient en une phrase : traitez El Niño comme un indicateur de tendance planétaire, à suivre au fil des bulletins mensuels, et pas comme une prévision pour votre hiver. Ce qui décidera de la neige dans votre rue, ce sont les cartes à cinq jours, pas les courbes du Pacifique. Pour d’autres sujets scientifiques suivis à la source, voyez notre dossier sur la mission PLATO de l’ESA.
Sources primaires : NOAA / Climate Prediction Center — ENSO Diagnostic Discussion du 9 juillet 2026, table ONI du CPC (depuis 1950), séries d’indices hebdomadaires et mensuels du CPC, Météo-France — « Le phénomène El Niño est en cours » et Météo-France — influence sur l’Europe. Chiffres relevés le 28 juillet 2026.
Plan de l'article
- En bref
- Où en est El Niño à la fin juillet 2026 ?
- « Le plus intense depuis 155 ans » : d’où vient ce chiffre, et pourquoi il est faux
- Que veut dire « très fort » exactement ?
- Les épisodes de référence : 1997-98 et 2015-16
- La France est-elle vraiment concernée ?
- Tableau : où El Niño pèse lourd, et où il pèse peu
- Et moi, concrètement ?
- Ce qui peut faire dérailler le scénario
- Le prochain rendez-vous à ne pas manquer
- Questions fréquentes