Mission MMX : le Japon s’élance vers Phobos, la lune de Mars

C’est l’un des rendez-vous spatiaux les plus attendus de l’année. Ce dimanche 19 octobre à 21 h 41, heure de Paris, le Japon doit lancer sa sonde MMX (Martian Moons eXploration) depuis le centre spatial de Tanegashima. Sa destination : Phobos, la plus grande des deux lunes de Mars, dont elle tentera de rapporter sur Terre les tout premiers échantillons jamais prélevés.

Une première mondiale visée : ramener un morceau de Phobos #

Le décollage est programmé sur une fusée H3, à 4 h 41 le 20 octobre en heure japonaise, soit dimanche soir pour les observateurs européens, comme le précise l’Agence spatiale européenne. « MMX sera la première mission à collecter un échantillon de Phobos, la lune de Mars, et à le ramener sur Terre », résume l’ESA, partenaire du projet.

La mission est pilotée par l’agence spatiale japonaise JAXA, en collaboration avec la NASA, le CNES français, le DLR allemand et l’ESA. L’objectif chiffré est précis : rapporter au moins dix grammes de matière de Phobos. Dix grammes qui pourraient répondre à une énigme vieille de plusieurs décennies.

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D’où viennent les lunes de Mars ?

Car Phobos et sa petite sœur Deimos gardent jalousement le secret de leur origine. Deux hypothèses s’affrontent, rappelle l’astronome Daniel Brown dans une analyse publiée le 16 octobre par The Conversation : soit les deux lunes sont d’anciens astéroïdes capturés par la gravité martienne lors de leur passage près de la planète rouge, soit elles sont nées d’un impact géant, un astéroïde ayant percuté Mars et projeté dans l’espace des roches qui se seraient ensuite agglomérées.

La composition chimique des échantillons devrait permettre de trancher. Si Phobos est fait de la même matière que Mars, la thèse de l’impact l’emportera ; si sa chimie évoque celle des astéroïdes lointains, c’est le scénario de la capture qui sera validé. Dans les deux cas, ces poussières raconteront un chapitre de l’histoire du système solaire.

Deux systèmes de prélèvement et un rover baptisé Idefix #

Prélever du sol sur une lune de 27 kilomètres de long, à la gravité quasi inexistante, relève du défi d’orfèvre. La sonde embarque deux instruments complémentaires, détaille The Conversation : un carottier, le « C-sampler », capable de forer jusqu’à deux centimètres sous la surface pour atteindre une matière préservée du rayonnement solaire, et un système de secours, le « P-sampler », qui projette un jet d’azote pour souffler sol et graviers vers une chambre de collecte.

Avant de se poser, la sonde larguera sur Phobos un petit rover de 25 kilogrammes baptisé Idefix, fruit de la coopération entre le CNES et le DLR, chargé d’éclairer le choix du site d’atterrissage. Un clin d’œil assumé au fidèle compagnon d’Astérix, pour un engin qui sera le premier véhicule à rouler sur une lune martienne.

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Un marathon de cinq ans #

Le calendrier donne la mesure de l’entreprise. Après son lancement ce soir, MMX doit atteindre les environs de Mars en août 2027, puis se placer en orbite autour de Phobos environ un mois plus tard. Le déploiement d’Idefix est prévu au début de l’année 2029, et l’atterrissage du module d’exploration en 2030, pour une opération au sol d’environ deux heures et demie seulement, avec une ou éventuellement deux tentatives de prélèvement.

Le retour est attendu en 2031 : la capsule contenant les échantillons descendra alors sous parachute dans le désert australien. Sur le chemin du retour, la sonde effectuera au passage des survols de Deimos, la seconde lune martienne, encore très mal connue.

Une étape vers l’exploration habitée de Mars

Au-delà de la question des origines, MMX prépare le terrain pour la suite de l’aventure martienne. Maîtriser un aller-retour vers le système de Mars, avec rendez-vous orbital, atterrissage et redécollage, constitue une répétition grandeur nature des futures missions de retour d’échantillons martiens, voire des vols habités. Phobos est d’ailleurs régulièrement citée comme un possible avant-poste pour les astronautes qui exploreront un jour la planète rouge.

Initialement prévue pour 2024, la mission avait été reportée à 2026, le temps de fiabiliser son lanceur H3. Si la météo ou un aléa technique venait à repousser le tir de ce soir, une fenêtre de réserve reste ouverte dans les prochains jours. Mais au Japon comme chez ses partenaires français, allemands, américains et européens, tous les regards sont désormais tournés vers Tanegashima.

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