Callisto : une fusée se dresse de nouveau sur le pas de tir de Diamant en Guyane

Cinquante et un ans après le dernier décollage de la fusée Diamant, une silhouette de lanceur se dresse de nouveau sur son ancien pas de tir, au Centre spatial guyanais. Il ne s’agit pas encore d’une vraie fusée, mais d’une maquette grandeur nature de Callisto, le démonstrateur de lanceur réutilisable porté par le CNES et ses partenaires allemand et japonais. Elle a été dévoilée le jeudi 29 octobre et marque le début des essais au sol.

Une doublure de 13 mètres pour tester la base #

D’après Clubic, qui relaie les informations du CNES, cette réplique a été construite par la PME française CIPAL. Elle reprend exactement les dimensions du futur démonstrateur : 13 mètres de haut pour un mètre de diamètre. Elle ne volera jamais, mais elle embarque six antennes placées au même endroit que sur l’engin définitif.

Pendant une semaine, cette doublure va « dialoguer » avec le radar et les installations de la base sans quitter le sol. L’objectif est de vérifier le raccordement entre le véhicule et le pas de tir, la qualité des communications et les procédures que suivront les équipes le jour du lancement.

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Pourquoi les communications comptent autant

Une fusée en vol transmet en continu au centre de contrôle les mesures de ses capteurs et les images de ses caméras. Le sol, lui, peut envoyer des ordres à son ordinateur de bord, pendant que le radar suit sa trajectoire. Pour un lanceur classique, ce lien est vital au décollage. Pour Callisto, il l’est encore plus à la descente.

Car ce démonstrateur n’est pas destiné à finir dans l’océan. Comme le Falcon 9 de SpaceX, il doit revenir se poser à la verticale. Sa différence tient au carburant : son moteur fonctionne à l’hydrogène et à l’oxygène liquides, là où la fusée américaine utilise du kérosène. Un atterrissage précis suppose des échanges sol-bord fiables à chaque seconde, d’où l’intérêt de valider la chaîne de communication bien avant le premier vol.

Mener les deux chantiers en parallèle #

Plutôt que d’attendre que le lanceur soit terminé pour tester la base, le CNES a fait le choix de faire avancer les deux en même temps. L’idée est de repérer d’éventuels problèmes côté sol pendant que le véhicule est encore en développement, afin de gagner du temps et de limiter les coûts.

Plusieurs industriels sont associés à ces essais aux côtés des équipes du CNES et du Centre spatial guyanais : CIPAL, MT Aerospace Guyane, TSO et Thales Alenia Space. Ces tests lancent la phase de qualification, une longue série d’épreuves chargée de démontrer que tout fonctionne comme prévu, et qui doit s’étaler jusqu’en 2027. Quant au véritable Callisto, celui qui volera, le CNES annonce son arrivée « dans la foulée », sans donner de date.

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Diamant, un pas de tir chargé d’histoire #

Le lieu n’a pas été choisi au hasard. Diamant fut le premier lanceur de satellites français. En 1965, depuis la base d’Hammaguir en Algérie, il a fait de la France la troisième puissance spatiale de l’histoire, après l’URSS et les États-Unis. Le programme a ensuite été transféré en Guyane, où la fusée a décollé de ce pas de tir à partir de mars 1970, pour huit lancements au total.

Le programme s’est arrêté en 1975, la France ayant choisi de miser sur le projet européen Ariane. Le site a alors été transformé en zone de stockage. Réhabilité, il retrouve aujourd’hui une fusée dressée à la verticale, dans une configuration que le CNES juge proche de celle de l’époque, avec ses conduits d’évacuation des flammes bien visibles sur les photos.

Un futur site pour les petits lanceurs européens

Callisto n’est pas le seul projet attendu sur cet emplacement. Selon la page consacrée au projet sur le site du CNES, le site Diamant doit aussi accueillir, à terme, les lancements de micro-lanceurs européens.

Callisto, une coopération à trois #

Lancé en 2017, le projet réunit le CNES, le DLR allemand et la JAXA japonaise. L’agence japonaise fournit le moteur réutilisable à hydrogène. Le but n’est pas de mettre des satellites en orbite, mais de maîtriser en Europe les technologies du retour et de la réutilisation d’un étage de fusée : guidage lors de la descente, pieds d’atterrissage, remise en état entre deux vols.

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Ces savoir-faire doivent ensuite profiter aux futurs lanceurs européens, dans un marché où la réutilisation a profondément changé les coûts d’accès à l’espace. Le calendrier du premier vol a déjà glissé à plusieurs reprises, et le CNES reste prudent sur les dates. Mais voir une fusée, même factice, se dresser de nouveau sur le pas de tir de Diamant donne un signal concret : la phase des essais réels a commencé en Guyane.

Pour les passionnés d’espace, l’image a une saveur particulière. Elle relie le tout premier lanceur français aux ambitions européennes de demain, sur le même carré de béton au bord de la forêt guyanaise.

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