Après près de 22 ans en orbite, le télescope spatial Swift de la NASA a terminé sa course dans l’atmosphère terrestre le mercredi 4 novembre, au-dessus de l’Indonésie. Conçu pour une mission de deux ans, il aura été l’un des observatoires les plus productifs de l’histoire de l’astronomie des hautes énergies.
Plan de l'article
Une rentrée au-dessus de Sumatra #
Selon 01net, qui s’appuie sur les données de suivi de l’US Space Force reprises par la NASA, le satellite a effectué sa rentrée atmosphérique à 13 h 39, heure de Paris, au-dessus du nord de l’île de Sumatra. Il était alors 19 h 39 sur place. Le télescope, d’une masse d’environ 1 450 kg, est retombé au milieu de la fenêtre de deux heures annoncée le matin même par l’armée américaine.
La NASA s’attendait à ce que la plus grande partie de l’engin se consume pendant la descente, tout en reconnaissant que certains composants pouvaient résister. Avant la chute, l’agence estimait à environ une chance sur 2 100 le risque qu’une personne soit blessée par un débris, quelque part sur la planète. C’est plus que le seuil d’une chance sur 10 000 fixé par les règles américaines de limitation des débris, mais cela reste un risque faible. Comme l’orbite de Swift était peu inclinée, les fragments éventuels ne pouvaient retomber qu’entre 20,6 degrés de latitude sud et 20,6 degrés de latitude nord.
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Freiné par un Soleil très actif #
Swift n’avait aucun moteur pour remonter son orbite. Or le Soleil traverse une période de forte activité, son maximum, qui réchauffe et dilate la haute atmosphère. Le freinage subi par les satellites en orbite basse augmente, et leur altitude baisse plus vite que prévu. C’est ce phénomène qui a précipité la fin de Swift.
Le 20 octobre, le télescope est descendu à environ 275 kilomètres d’altitude. À cette hauteur, la résistance de l’air l’empêchait de rester pointé de façon stable vers ses cibles. Swift a réalisé sa dernière observation ce jour-là, et la NASA a annoncé la fin de sa mission scientifique dans la foulée, en prévenant que la rentrée interviendrait dans les semaines suivantes.
Un sauvetage privé qui n’a pas abouti
L’agence américaine avait pourtant tenté de prolonger la vie de son observatoire. D’après 01net, elle avait signé un contrat de 30 millions de dollars avec la start-up Katalyst Space. Son vaisseau robotique LINK a décollé le 3 juillet avec pour mission d’agripper Swift et de le remonter sur une orbite plus haute. Fin juillet, l’engin a perdu le contrôle de son orientation après la panne de deux de ses roues de réaction. La NASA a renoncé à l’opération le 19 août.
Cet échec n’enlève rien à l’intérêt de la démarche. Le service en orbite, qui consiste à réparer, ravitailler ou remorquer des satellites existants, est un domaine que les agences spatiales et plusieurs entreprises cherchent à développer, notamment pour prolonger des télescopes coûteux plutôt que d’en construire de nouveaux.
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Un chasseur d’explosions cosmiques #
Lancé le 20 novembre 2004 depuis Cap Canaveral, Swift portait le nom de Neil Gehrels, son premier chercheur principal. Il avait une spécialité : les sursauts gamma, les explosions les plus puissantes connues dans l’Univers. Ces éclairs ne durent parfois que quelques secondes, ce qui les rendait presque impossibles à étudier avec les grands télescopes classiques.
La force de Swift tenait à sa rapidité. Il devait repérer un sursaut, transmettre sa position aux autres observatoires, puis faire pivoter ses propres télescopes optique, ultraviolet et X vers la zone, avant que la lueur résiduelle ne s’éteigne. D’après la NASA, l’opération lui prenait en général environ une minute. Des observatoires du monde entier pouvaient ainsi prendre le relais presque en direct.
Un héritage scientifique considérable
Le bilan publié par la NASA est impressionnant. Swift a observé plus de 2 000 sursauts gamma et étudié plus de 1 400 explosions de supernovae. Il a assisté à des étoiles déchiquetées par des trous noirs, surveillé des galaxies actives, réalisé un relevé du ciel entier en rayons X et observé des comètes et des astéroïdes du système solaire. Ses données ont contribué à environ 7 000 publications scientifiques.
« Swift a apporté un retour sur investissement extraordinaire et durable », a résumé Shawn Domagal-Goldman, directeur de la division astrophysique de la NASA, en rappelant que le satellite, prévu pour deux ans, est resté productif plus de dix fois plus longtemps. Selon 01net, sa construction, son lancement et son exploitation auraient coûté au total environ 500 millions de dollars, inflation comprise.
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Et maintenant ? #
La disparition de Swift laisse un vide pour l’étude des phénomènes très brefs du ciel. La NASA indique réfléchir à la manière d’utiliser sa flotte actuelle de télescopes, des services commerciaux rapides à mettre en orbite et de nouvelles missions plus légères pour garder cette capacité de réaction. En attendant, les archives de Swift restent accessibles aux chercheurs, et l’agence estime qu’elles alimenteront encore des découvertes pendant des décennies.




